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    Qu'en est-il de l'Union européenne ?

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    27.11.2011


    Et qu’en est-il de l’Union européenne ?

    Par Matthias Küntzel
     
     

    Une « guerre financière » contre Téhéran serait le moyen le plus humain d’en éviter une qui soit nucléaire.

    Ce lundi a été un bon jour pour le peuple iranien et un mauvais pour le régime à sa tête : le 21 novembre, l’Assemblée générale de l’ONU a condamné les violations des droits de l’homme en Iran, les USA ont renforcé leurs sanctions sur les industries pétrolières et pétrochimiques iraniennes, le Canada a interdit toute transaction avec la Banque Centrale iranienne, la France a appelé à cesser les achats de pétrole iranien et le Royaume Uni a suspendu toute coopération financière avec l’Iran avec effet immédiat.

    Il manque cependant à cette liste l’Allemagne et l’Union Européenne.

    Le 8 novembre, l’organisation habilitée par l’ONU à traiter de tels sujets, L’AEIA, a produit des preuves sans ambigüité du développement d’armes nucléaires par l’Iran. Le 14 novembre, les ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne se sont rencontrés pour discuter de la réponse à donner au rapport de l’AEIA et ont décidé…… de ne rien faire, à part de repousser toute décision jusqu’au 1er décembre. Cet échec et les mesures et annonces unilatérales par Paris et Londres qui s’en sont suivies montrent les divisions au sein de l’Union européenne et l’impotence de sa politique étrangère dans ce domaine.

    Dans un communiqué du 21 novembre, le président français Sarkozy a décrit les actes du régime iranien comme « une menace sérieuse et urgente à la paix ». « Sans compter le risque inacceptable de prolifération nucléaire, ils pourraient déclencher une escalade militaire dans la région avec des conséquences catastrophiques pour l’Iran et le monde. »

    Une menace de cette ampleur ne demande pas de tergiversations mais une action rapide et forte : chaque jour qui passe sans une pression massive de l’occident augmente les probabilités d’une frappe militaire contre l’Iran. Alors, que peut-on faire ? Il y a trois plans d’action possibles.

    Premièrement, le monde peut prendre des mesures non militaires semblables à celles adoptées par le Royaume Uni : des sanctions contre la banque d’état iranienne et la rupture de tous les liens financiers avec l’Iran. Même si cela n’arrêterait pas l’exportation de pétrole iranien, qui fournit l’essentiel du financement du programme nucléaire, le manque de moyens financiers aurait un impact dévastateur.

    Une telle mesure entrainerait, évidemment certains risques tels qu’une possibilité d’augmentation des prix du pétrole et une aggravation de la crise économique iranienne.. Elle correspondrait néanmoins au Chapitre VII, Article 41 de la Charte de l’ONU qui énumère les différents moyens non militaires que le Conseil de sécurité peut utiliser contre les pays qui ne respectent pas ses résolutions, notamment l’«interruption totale ou partielle des relations économiques et de communication par rail, mer, air, poste, télégraphe, radio et autres et la rupture des relations diplomatiques. »

    Deuxièmement, le monde peut s’attendre à une attaque préventive des installations nucléaires iraniennes par les forces américaines et/ou israéliennes. Les risques attenant à une attaque militaire sont, cependant bien plus importants que ceux d’un embargo sur les transactions financières iraniennes.

    Troisièmement, le monde peut laisser l’Iran construire sa bombe. Cela, cependant, implique d’accepter non seulement des risques mais aussi des catastrophes et accroîtrait sensiblement la menace d’un conflit nucléaire à l’avenir, non seulement parce que cela pourrait déclencher une course aux armes nucléaires dans la région, mais aussi parce que le régime doté de l’arme nucléaire ne se lasserait vraisemblablement pas désarmer ou priver de son pouvoir sans utiliser ses capacités nucléaires . Le monde devrait alors décider s’il allait faire davantage de concessions aux fanatiques expansionnistes de Téhéran ou bien les affronter, mais désormais à un prix immensément plus élevé. Tout comme les coups de feu de Sarajevo en 1914 ont introduit les catastrophes du 20è siècle, la bombe iranienne serait l’annonce des désastres à venir du 21 ème siècle.

    Un certain nombre d’états, notamment la Russie, la Chine et quelques états européens comme la Suède, la Finlande et l’Allemagne semblent s’être engagés dans une « quatrième voie ». Ils s’opposent non seulement à la bombe iranienne mais aussi aux « nouvelles sanctions d’une ampleur sans précédent » prônées par la France. Ils rejettent toute considération d’une frappe militaire encore plus violemment. Néanmoins, le fait de bloquer à la fois une frappe américano-israélienne et des sanctions plus fortes n’équivaut à rien d’autre qu’à une acceptation de la bombe iranienne.

    En ce qui concerne l’attitude chinoise, selon l’Atlantic Council « Même si la Chine préfèrerait que l’Iran ne développe pas d’armement nucléaire…. la Chine ne se sent pas menacée par l’éventualité d’un Iran doté de l’arme nucléaire. Certains éléments au sein de l’establishment de la défense chinoise préfèreraient en réalité un Iran nucléaire…. si cela oblige les Etats –Unis à maintenir des forces militaires substantielles dans le Golfe plutôt qu’en Asie orientale. » (Barbara Slavin, L’Iran se tourne vers la Chine, le Troc pour Survivre aux Sanctions, novembre 2011). Les mêmes considérations pourraient agiter le Kremlin.

    En attendant, l’Allemagne a des difficultés à se libérer de son amitié traditionnelle avec Téhéran. Comme l’ambassadeur allemand à Téhéran l’a dit récemment, « Il n’y a pas beaucoup de peuples comme les Allemands et les Iraniens qui ont maintenu des relations aussi vivantes pendant des siècles et qui ont de ce fait développé amitié, confiance et des liens proches. C’est un trésor historique qui devrait être préservé. (Bernd Erbel, Ansprache zum Tag der Deutschen Einheit in Teheran, 3. 10. 2011). Dans la même lignée , une étude par le respecté German Council on Foreign Relations d’octobre 2011 a demandé au gouvernement allemand de s’efforcer à assurer que « les USA et ses alliés ne renforcent pas la pression[ sur l’Iran], mais la réduise plutôt. » (Simon Koschut, Engagement ohne Illusionen?, DGAP-Analyse 3, Oktober 2011). L’écart entre ces opinions et les positions française et britannique est énorme.

    On dit que la chancelière Angela Merkel est en désaccord avec de telles vues au sein du ministère allemand des affaires étrangères . Cependant il n’y a guère de signes d’une quelconque tentative de sa part d’influencer la politique allemande dans ce domaine.

    Dans ce contexte, la question de savoir ce que les ministres des affaires étrangères allemand et européens ont l’intention de faire lors de la prochaine réunion du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères de l’UE le 1er décembre devrait être au coeur des débats dans les médias et parlements du continent. Le régime iranien dépend de l’Allemagne et de l’Europe et non l’inverse. En 2010 près d’un quart des importations iraniennes provenait de l’UE, tandis qu’à peine 1% des importations européennes provenait d’Iran.Le plus gros exportateur européen vers l’Iran est l’Allemagne, qui a fourni sur l’ensemble des huit premiers mois de cette année des biens High-tech pour une valeur de € 2.055milliards) ($2.73 milliards). Si le gouvernement allemand devait soutenir le boycott britannique, cette mesure seule pourrait accroître la pression sur l’Iran suffisamment pour le forcer à mettre un terme à son programme nucléaire.

    Néanmoins, si la réunion du 1er décembre devait encore ne pas réussir à prendre des mesures fortes, démontrant de ce fait l’incapacité de l’Occident à trouver la volonté d’organiser une offensive de sanctions sérieuse malgré l’alerte donnée par l’AEIA, alors ce jour-là sera un jour de réjouissances pour le régime iranien et un jour sombre pour le peuple iranien et le reste du monde.

    Traduit de l’Allemand.

     

       
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